La bio préserve-t-elle la biodiversité ?

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Préserver la biodiversité, c’est dans l’ADN de l’agriculture biologique. Mais pour atteindre son objectif, elle n’a qu’une obligation de moyens, pas de résultats. C’est sur ces résultats que se sont penchés deux scientifiques, d’Inrae et de l’Itab, dans le cadre du rendez-vous annuel, « Le grand débat bio » organisé par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, le 4 mars dernier, à Angers.

Bastien Dallaporta, de l’Itab et Audrey Alignier, d’Inrae, ont présenté leurs travaux lors du grand débat bio organisé par la chambre régionale d’agriculture et qui s’est tenu à la Caisse régionale du Crédit agricole Anjou Maine (crédits photo : Catherine Perrot).

Le respect de la biodiversité fait partie des valeurs fondatrices de la bio et, pour y parvenir, elle interdit notamment l’emploi de pesticides et d’engrais de synthèse. Mais ce cahier des charges lui permet-il d’atteindre cet objectif ? Est-elle plus respectueuse de la biodiversité que l’agriculture « non biologique» ?

Une première manière de répondre à cette question est de compiler un très grand nombre de données, pour observer s’il existe réellement une « tendance » de fond qui établit une différence entre bio et non bio, au-delà de tous les autres facteurs de variation (type de culture, conditions pédo-climatiques…). Les chercheurs réalisent pour cela des « méta-analyses », c’est-à-dire des analyses statistiques sur un ensemble de données issues d’études scientifiques publiées à l’échelle mondiale.

Une biodiversité plus abondante en bio

« Les résultats de ces méta-analyses démontrent une différence en matière de biodiversité à l’échelle parcellaire : l’effet de l’agriculture bio, c’est 30 % de biodiversité en plus en abondance, et 20 % en plus en nombre d’espèces différentes », présentent Audrey Alignier d’Inrae, et Bastien Dallaporta de l’Itab (Institut technique de l’agriculture biologique), lors d’une intervention réalisée le 4 mars dernier, dans le cadre du « grand débat bio », organisé à Angers par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

Plus précisément, c’est sur les productions céréalières que l’effet « bio » vs « non bio » est le plus significatif mais cet effet s’observe aussi en cultures végétales pérennes (viticulture, arboriculture) et en riziculture. Si l’on regarde par groupe taxonomique, ce sont les végétaux qui bénéficient le plus de l’agriculture biologique (+ 75 % de biodiversité), loin devant les arthropodes, les oiseaux et les microbes du sol (+ 15 %).

Plus d’adventices, moins de compétition ?

Le fait que ce soient les végétaux qui bénéficient le plus de la bio peut interroger les agriculteurs : ces végétaux sont en effet des « adventices », donc a priori néfastes à la production agricole. Sauf que même si elles sont plus abondantes, ces adventices sont aussi dans une communauté plus diversifiée : elles sont donc plus susceptibles d’exercer des compétitions entre elles, et moins avec la culture.

Pour aller plus loin dans la compréhension de ces effets sur la biodiversité des parcelles, Audrey Alignier et Bastien Dallaporta ont présenté une autre étude, française cette fois, et uniquement basée sur la viticulture : elle consiste en un suivi détaillé de la biodiversité dans 40 parcelles de vignes dont 20 en bio sur le site atelier Bacchus d’Inrae (Gironde).

Un labour défavorable aux pollinisateurs et à la microfaune du sol

Globalement, la bio a un effet positif sur les populations d’araignées et de collemboles mais un effet négatif sur les pollinisateurs et sur la microfaune du sol. L’examen statistique des liens entre ces effets négatifs et les pratiques montre que ce n’est pas l’emploi d’insecticides qui est le facteur différenciant les parcelles entre elles (d’ailleurs le bio peut employer des insecticides naturels), mais l’intensité de travail du sol.

« En bio, la gestion des adventices repose principalement sur le travail du sol, décrit Audrey Alignier. Les conséquences induites sont une déstructuration du sol, défavorable à la biomasse microbienne, et une moindre disponibilité de fleurs pour les pollinisateurs ».

Ce qui compte vraiment : les éléments semi-naturels

Mesurer la biodiversité ne se fait cependant pas uniquement à l’échelle de la parcelle cultivée. Si l’on prend la « ferme » comme échelle de mesure, la compilation des différentes données disponibles à l’échelle européenne ne montre pas de différence entre la biodiversité des fermes bio et celle des fermes conventionnelles.

Car là encore, un autre facteur intervient, qui a plus de poids que le type d’agriculture : la présence d’éléments semi-naturels (haies, petits bois, bandes enherbées, chemins…). Plus de la moitié de la biodiversité d’une ferme est en effet hébergée par ces éléments : « Le cahier des charges bio ne comporte pas de contraintes sur ces éléments », regrette Bastien Dallaporta.

Plaidoyer pour une mosaïque cultivée

Enfin, des travaux scientifiques portent sur l’échelle supérieure : celle des paysages. Les résultats obtenus sur des paysages bocagers comme sur des paysages viticoles montrent que ce n’est pas la quantité d’agriculture bio dans le paysage qui fait la différence : ce qui est favorable à la biodiversité, c’est… la diversité. C’est-à-dire la diversité des cultures : « La mosaïque cultivée », résume Bastien Dallaporta.

« Un levier identifiable pour favoriser la biodiversité à l’échelle du paysage, c’est la taille des parcelles », expliquent les chercheurs. « Mais c’est un paramètre sur lequel il est difficile de faire évoluer les pratiques, le message n’est pas toujours reçu favorablement de la part d’agriculteurs à qui l’on a dit pendant des années qu’il fallait agrandir leurs parcelles pour augmenter la production et faciliter le passage des engins mécaniques ».

Quelle serait la taille idéale des parcelles d’un paysage favorable à la biodiversité ? « Certains travaux évoquent 2,8 hectares, mais nous avons conscience que c’est difficilement réalisable. Ce qui est important, aussi, c’est de savoir d’où l’on part, d’une zone bocagère ou d’une zone céréalière… Des parcelles de moins de 6 hectares, avec des bandes enherbées de 4 à 5 mètres tout autour, pourraient représenter un bon compromis ».

(article initialement publié sur Pleinchamp.com)

Des enfants et des arbres : bourgeons d’avenir

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Planter des haies bocagères, quand on est agriculteur, c’est bien. Mais les faire planter par des enfants, en les sensibilisant au passage à l’importance des arbres et aux enjeux agricoles d’avenir, c’est encore mieux. Une opération de plantation soutenue par l’association « Des enfants et des arbres » a eu lieu le 11 décembre dernier, en Loire-Atlantique.

Tya et son jeune arbre. (© Catherine Perrot)

« Il nous manque un haut-jet ici » ; « Il faut bien tremper les racines dans le pralin » ; « Enfile la chaussette autour de l’arbre » ; « On remet de la terre et on tasse bien ». Les enfants qui ont participé, ce jeudi 11 décembre, à la mise en place d’une haie bocagère en bordure d’une parcelle agricole à Pontchâteau (44), ne sont pas loin d’être devenus des pros de la plantation d’arbres !

En effet, une grande partie d’entre eux avaient déjà effectué à une opération similaire l’an dernier, alors qu’ils étaient en CM1. Et pour leur deuxième chantier de plantation, « c’est peu dire qu’ils étaient motivés », note Aude Chiron, architecte-paysagiste de l’entreprise Nature humaine, qui a participé à la formation et à l’encadrement de la quarantaine de jeunes planteurs de l’école L’Orange bleue de Malville.

Malika, maman d’élève accompagnatrice, aide Tya et Ezra à poser le piquet qui va soutenir la croissance du jeune arbre. (© Catherine Perrot)

Des enfants acteurs de la transition écologique

Tous bien équipés de gants, dont certains étaient quand même un peu trop grands pour eux, de bottes étanches et de vêtements chauds, les enfants des deux classes de CM2 n’ont pas rechigné à la tâche : en une matinée, ils ont planté 175 arbres, bravant sans souci le froid, le brouillard, la boue et même le pralin : « C’est un mélange de bouse de vache, d’eau et terre, et ce n’est pas dégoûtant », explique l’un d’entre eux.

Comme l’an dernier, cette opération de plantation d’une haie agricole par des scolaires a été réalisée avec le soutien de l’association « Des enfants et des arbres ». Créée en 2020, agréée par l’Éducation nationale, cette association invite les enfants à être « des acteurs de la transition écologique ». Elle souhaite les rapprocher de « ceux qui les nourrissent » et les éduque aux enjeux agricoles de demain.

Tya et Ezra, deux élèves de CM2 de l’école élémentaire L’Orange bleue de Malville, avec un alisier torminal qu’ils s’apprêtent à planter. (© Catherine Perrot)

En l’occurrence, dans cette opération de plantation, la fourniture des arbres et l’expertise conseil de la chambre d’agriculture, ont été financés par le SBVB (Syndicat du bassin versant du Brivet) dans le cadre d’un Contrat territorial eau. L’association Des enfants et des arbres s’est concentrée sur les aspects éducatifs, en prenant en charge les interventions en classe d’Aude Chiron, architecte-paysagiste, et en dédommageant le temps passé par Loïc Mallard, l’exploitant.

« Comme ils connaissaient déjà un peu la haie, ses différentes strates, les notions d’arbres haut-jets, en cépées et buissonnants, j’ai fait une petite mise à niveau, décrit Aude Chiron. J’ai ensuite davantage évoqué le cycle de l’eau, les rôles de la haie dans la filtration des pollutions et dans la lutte contre le ruissellement et l’érosion ».

Loïc Mallard, l’un des associés de la Ferme de Genêts (à droite) avec les enfants et leurs accompagnateurs ayant participé à la plantation de ce 11 décembre. (© Catherine Perrot)

L’architecte-paysagiste a même pu leur donner des nouvelles des arbres qu’ils avaient plantés l’an dernier : « Tous les arbres ont poussé : les enfants ont très bien travaillé ». C’est donc un bon départ pour des arbres qui devraient vivre au moins une cinquantaine d’années.

Susciter des vocations pour le travail de la terre ?

Loïc Mallard, l’agriculteur, est venu en classe accompagné de Manon, l’une de ses salariées, pour présenter sa ferme de polyculture-élevage conduite en bio (bovins viande, chèvres laitières, cultures de vente). Il a rappelé aux enfants sa motivation pour récréer du bocage et comment les arbres font partie intégrante de son système.

« Cela permet d’apprendre quelque chose de concret aux enfants, souligne de son côté, Manon, la salariée agricole. Notre intervention en classe, puis l’accueil des enfants à la ferme, permet de leur dire que l’agriculture est un milieu prêt à les accueillir. Et qui sait, peut-être allons-nous susciter des vocations ? ».

« Encadrer un groupe d’enfants n’est pas plus difficile qu’encadrer un groupe d’agriculteurs », plaisante Thomas Huneau, conseiller agroforestier à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. (© Catherine Perrot)

BON À SAVOIR
A l’issue de la 6e saison de plantation, dans le cadre de l’association « Des enfants et des arbres », 28 000 enfants auront plongé leurs mains dans la terre, plantant 200 000 arbres, chez 565 agriculteurs à travers toute la France.

(article initialement publié sur Pleinchamp.com)

Face au café du Sud, la chicorée du Nord ne désarme pas

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Quelque 250 agriculteurs Ch’tis perpétuent la culture d’une racine sans caféine mais pas sans inuline, aux vertus nutritionnelles et aux usages régulièrement revisités, au bilan carbone excitant et qui, en tant que boisson chaude, n’a rien à envier au café. Sauf sa part de marché. Encore que…

Enseignant à l’ISA de Lille, responsable du service agronomique de l’interprofession de la Chicorée de France, Yannick Delourme est au chevet de la chicorée depuis plus de 25 ans (Crédit photo : YD)

Ne la traitez plus jamais de succédané, ou pire, d’ersatz de café. Cela ne lui rend pas justice et cela réveille de mauvais souvenirs (1). Alors, certes, la chicorée a bien fait office de café de remplacement à l’occasion de diverses pénuries. Mais aujourd’hui, elle devient tendance, sa consommation croit, y compris hors domicile (20 % des CHR proposent désormais des alternatives à base de chicorée). Ce renouveau, elle le doit au moins autant à ses qualités intrinsèques qu’à sa ressemblance avec le café.

« Pareille mais différente »

Côté ressemblance avec le café, on trouve bien sûr sa couleur, son amertume, et son côté « boisson chaude réconfortante ». On peut la préparer en infusion filtre, sous pression (y compris dans des machines à capsules), en poudre instantanée, avec ou sans lait, avec ou sans sucre.

Côté qualités intrinsèques, la liste a de l’allure : une culture et une transformation 100 % françaises et donc un bilan carbone bien meilleur que celui du café (2) ; une absence de caféine et de tout autre excitant qui lui permet d’être consommée par tout le monde, à toute heure ; une teneur intéressante en une fibre soluble, l’inuline, aux propriétés bénéfiques pour l’intestin ; sans oublier un prix inférieur au café, dont les cours s’envolent notamment parce que sa culture est mise à mal par le réchauffement climatique.

« Un exosquelette, c’est comme une chaussure, il faut l’essayer »

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Quels sont les avantages et inconvénients de l’utilisation d’exosquelettes en situations réelles de travail agricole ? Les retours d’expérience sont plus que mitigés : la plupart des utilisateurs rencontrent plus de gêne que de soulagement. Pourtant, pour ceux chez qui « ça marche », le bénéfice est important.

Extrait du webinaire Exosquelettes, quels impacts sur le travail en agriculture ?
Webinaire co-organisé par l’Anact, la MSA et le RMT Travail en agriculture

Bien rares sont les agriculteurs qui n’ont pas mal au dos. Ou aux épaules. Ou aux poignets. Les métiers agricoles, qu’ils soient dédiés aux productions végétales ou animales, qu’ils soient spécialisés ou diversifiés, sont souvent pénibles physiquement. Depuis plusieurs années, cette pénibilité physique est de mieux en mieux reconnue et prise en compte par les organismes chargés de la santé et par la profession agricole elle-même, qui sait que la pénibilité constitue un frein à l’attractivité du secteur.

« Du « bale grazing » en hiver pour nos 300 vaches taries »

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Le Gaec de la Louisiane, en Loire-Atlantique, pratique le « bale grazing » depuis six ans, durant deux mois l’hiver, pour ses 300 vaches taries et ses génisses. À la clé : un gain de temps et des économies de paille et d’épandage. Mais des précautions s’imposent.

Flore et Antoine Renoult ont déjà préparé le « bale grazing » de cet hiver dans cette parcelle de chou fourrager, où l’éleveur a disposé les balles qui seront « pâturées ».
© Gaec de la Louisiane

Éleveurs et vétérinaires : le conventionnement, combien ça coûte ?

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Si les maladies ont un coût que l’on peut parfois estimer, il est difficile de chiffrer combien rapporte « la bonne santé ». Or, c’est précisément le principe du conventionnement vétérinaire : il pourrait s’apparenter à celui de la médecine traditionnelle chinoise, où le praticien est rémunéré lorsque ses patients sont en bonne santé.

En conventionnement, il n’y a pas de paiement à l’acte, mais une cotisation annuelle globale. La relation entre éleveur et vétérinaire est modifiée : tous deux sont partenaires de la santé des animaux.
© Claudia Serra (via Réussir Bovins viande)

D’un point de vue strictement comptable, les éleveurs en conventionnement semblent avoir un budget sanitaire sensiblement plus élevé que les autres. Une seule étude sur le sujet a été publiée en 2016. Elle a été faite sur des élevages laitiers, clients d’un même cabinet vétérinaire, mais soit en convention, soit en libéral. Le chiffre d’affaires moyen de la clinique par bovin lait et par an était de l’ordre de 80 euros en clientèle conventionnée et autour de 55 euros en clientèle libérale, mais avec beaucoup plus de variabilité entre les fermes.

Ce chiffre moyen plus élevé en conventionnement s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs : l’exclusivité de la délivrance des médicaments par la clinique (alors que la clientèle libérale peut en acheter ailleurs), une présence plus grande des praticiens en élevage (qui font aussi le suivi repro, la gestion des boiteries…), et un niveau moyen de performances plus élevé de ces élevages.

Nhung cultive le konjac en terre angevine, une racine rentable

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Productrice et transformatrice de konjac, Nhung Nguyen-Deroche s’est installée il y a 4 ans à deux pas d’Angers. Son parcours agricole est dans la continuité de sa carrière antérieure de chercheuse : avec méthode, rigueur et persévérance, elle cherche à implanter et valoriser localement la culture du konjac.

Nhung Nguyen-Deroche, agricultrice, dans sa serre où pousse la variété de konjac qu’elle a sélectionnée. (photo Catherine Perrot).

Si, à la fin des années 1980, on avait dit à la jeune Nhung, qui grandissait à Bao Loc (centre du Vietnam), qu’elle serait un jour agricultrice en France, elle n’aurait jamais voulu le croire. Elle se voyait plus sûrement médecin ou chercheuse, et n’avait aucun attrait particulier ni aucune attache avec le travail de la terre.

Et pourtant, aujourd’hui, Nhung Nguyen-Deroche est officiellement agricultrice, installée depuis 2020 sur une ferme de 10 hectares, à Saint-Jean de Linières, à deux pas d’Angers. Dans le milieu, elle est même déjà un peu « connue », car elle a emporté plusieurs concours en innovation végétale, dont le prix des Trophées de l’Excellence Bio 2022 dans la catégorie « producteurs »

Agribus : une initiative originale pour faciliter la visibilité des exploitations agricoles à reprendre

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De nombreuses fermes d’élevage seront à transmettre dans les années à venir. Même si les transmissions peuvent paraître difficiles en élevage bovin, il n’y a pas de fatalité : les repreneurs existent, il suffit d’aller les chercher avec un Agribus !

Marie-Claude et Gilles ont accueilli avec enthousiasme et professionnalisme l’Agribus le 8 juin dernier. Photo Catherine Perrot

« Les porteurs de projets d’installation, ne viennent pas taper à notre porte. Ceux qui viennent chez nous – quand ils savent qu’on est en fin de carrière – ce sont plutôt ceux qui cherchent à récupérer le foncier », remarque Bertrand, agriculteur à Guenrouet (44). « On voudrait éviter un agrandissement », ajoute pour sa part Gérard, éleveur à Guémené-Penfao (44), qui, lui aussi, entrevoit sa prise de retraite pour dans quelques années. « On voudrait transmettre au futur repreneur notre exploitation agricole pour maintenir l’élevage sur le secteur et garder toutes les structures qui vont avec, les laiteries, les Cuma, les ETA, les associations de remplacement etc… ».

Comme Bertrand et Gérard, beaucoup d’éleveurs préfèreraient transmettre leur outil de travail plutôt que de le vendre à la découpe. Mais ils ont parfois l’impression qu’il n’y a pas de candidats à l’installation et à la reprise et que personne ne va les contacter. « Pourtant, des porteurs de projets en élevage, il y en a, mais peut-être pas à leur porte, dans d’autres régions ! », assure Stéphane Loizeau, chargé de mission transmission à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Mais encore faut-il leur donner les moyens d’une mise en relation avec les cédants, d’échanger avec eux, et leur permettre de se projeter dans les fermes qui sont à céder.

Femmes en élevage : quand un matériel non adapté dégrade leur santé

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Les éleveuses ont davantage d’accidents du travail que les autres agricultrices et ont plus de troubles musculosquelettiques que leurs consœurs et leurs collègues masculins. La cause ? Des équipements non adaptés à leur morphologie.

L’avenir de l’élevage passe sans aucun doute par une meilleure attractivité auprès des jeunes femmes. L’amélioration de leurs conditions de travail sera déterminante. ©Instants via @pleinchamp.com

Le renouvellement des générations en élevage constitue un défi majeur pour l’agriculture française. Pour atteindre cet objectif, il serait dommage de ne pas pouvoir compter sur la moitié de la population : les femmes.

Aujourd’hui, l’élevage est un monde dominé par les hommes. Selon le recensement agricole de 2020, dans les exploitations avec élevage, la part des femmes constitue seulement 25 %. Si les femmes sont relativement présentes en élevage de petits ruminants (chèvres et moutons), elles le sont beaucoup moins en élevage bovin, lait et viande. La situation est particulièrement critique parmi les femmes de moins de 40 ans : 15 % seulement sont cheffes d’exploitations bovines.

Léa et Damien : ingénieurs, entrepreneurs, agriculteurs

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Tous deux ingénieurs agricoles, Léa et Damien viennent de s’installer sur une exploitation laitière après avoir connu une vie professionnelle déjà bien riche. Pour eux, l’installation est l’occasion de développer des projets de diversification. Ils n’hésitent pas à se donner les moyens de leurs ambitions.

Damien et Léa se donnent environ 5 ans pour mener à bien leur projet de production, transformation et magasin de produits fermiers. Ils pensent rester agriculteurs au moins une quinzaine d’années, mais ne se sentent pas prisonniers de ce métier.

Léa Dulos et Damien David le reconnaissent sans détour : pendant près de dix ans, ils ont l’un et l’autre connu une vie professionnelle et personnelle intense et très confortable. Tous deux diplômés de l’école supérieure d’agriculture d’Angers, ils ont occupé des postes dans des grands groupes agroalimentaires et agricoles, mettant à profit et développant leurs compétences techniques, commerciales, mais aussi leurs capacités d’adaptation et d’innovation.

Léa et Damien ont presque toujours travaillé à l’international, avec notamment un séjour de deux ans en Roumanie pour développer des marchés des semences en Europe de l’Est, ils ont rencontré énormément d’acteurs de la filière, ont « beaucoup appris », « beaucoup bougé ». « On a bien vécu cette vie d’ingénieur. On ne regrettera rien ! ».

Un côté business assumé

« Il y a un temps pour tout », raconte Damien. « Après tant d’années à être payés pour avoir des idées pour les autres, on a voulu avoir des idées pour nous-mêmes ». Piloter sa propre entreprise, mener des projets innovants, développer un business : pour le couple, tout cela peut être réalisé via la reprise d’une exploitation agricole. « Un agriculteur est forcément un chef d’entreprise : il lui faut le côté technique et le côté business. L’un ne va pas sans l’autre. Il doit réfléchir, savoir où il va ».

« Aujourd’hui, il y a deux schémas pour faire une agriculture rentable », poursuit Damien. « Soit on maximise les unités de production ; soit on transforme et commercialise nos produits, pour capter la valeur ajoutée ». C’est clairement du côté du second schéma que Damien et Léa se dirigent : pour Damien, fils d’éleveurs laitiers dans l’Orne, c’est l’occasion de renouer avec une production qu’il aime depuis toujours et de goûter à la « fierté d’être agriculteur ». Pour Léa, qui n’a pas de racines agricoles, mais qui, depuis toujours « fourmille de projets », le terrain de jeu sera plutôt la diversification, en particulier le commerce de produits fermiers.

Une exploitation avec du potentiel

A l’époque où ils imaginent leur projet agricole, en 2018, Léa et Damien vivent à Saint-Malo. Pendant un an, ils prospectent, en Bretagne puis dans tout l’Ouest, pour trouver l’exploitation qui « coche toutes les cases ». C’est finalement à Guérande, à deux pas de la côte Atlantique, qu’ils dénichent, via une agence spécialisée, la ferme qui a « le potentiel pour leurs affaires » : un troupeau de bonne valeur génétique, un parcellaire groupé, des bâtiments en pierres de taille, une zone de chalandise importante, un accès facile, peu de concurrence sur la vente de produits fermiers…

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